La fuite des cerveaux du tiers monde

3 novembre 2010 § Poster un commentaire

 

 

Les étudiants du monde entier se pressent aux portes de la France pour y faire leurs études.

Les pays du tiers monde voient leurs jeunes diplômés fuir vers l’occident.

La France accueille chaque année presque 300 000 étudiants étrangers, un chiffre en constante évolution (plus 68% depuis 1998).

A ce jour, ils représentent 12,7 % de la population étudiante totale de l’hexagone, c’est-à-dire plus d’un étudiant sur dix.

Mais qui sont-ils ?


La communauté étudiante en France représente pas moins de 187 pays. Selon une recherche de l’université de Montpellier, les plus nombreux seraient les africains avec 52% (dont 30% du Maghreb), suivis par les européens (25%), 16% seraient chinois et enfin seulement 7% en provenance du continent américain.

La France est la deuxième destination des européens en programme Erasmus, (18 000 étudiants), après l’Angleterre. Alors que le pourcentage d’étudiants choisissant les États-Unis diminue, la France connaît un léger engouement. Ainsi, elle accueille -aux côtés de l’Allemagne, des États-Unis et du Royaume-Unis- près de la moitié des étudiants dans le monde.

Sur ces 300 000 étudiants étrangers, seuls 40% d’entre eux parviendraient à obtenir au moins une licence. Pourtant, selon l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE), les étudiants étrangers en mobilité se montrent plus ambitieux que les autres, puisque près de 50% d’entre eux visent un diplôme de niveau supérieur à bac+5 (contre 25% des français).

En contre-partie, les étrangers sont moins confiants que les français quant à la facilité de trouver un emploi. Mais l’étude ne précise pas s’ils souhaitent trouver un travail en France ou dans leur pays d’origine.

La France noyée de diplômés, l’Afrique à sec

« Il y aurait plus de médecins béninois dans la seule région parisienne que dans tout le Bénin. », confie Matthieu. Ce trentenaire béninois a fait ses études en France et travaille désormais pour une radio dans son pays. «J’ai décidé de revenir dans mon pays, car c’est à nous, les nouvelles générations de le reconstruire. En France tout est déjà fait. Ici, il n’y a rien, tout est à faire ! ». Ce discours est malheureusement rare, bien qu’aucune statistique officielle n’existe sur le nombre d’étrangers qui étudient en France et qui rentrent ensuite dans leur pays.

Alors que les ressources humaines nécessaires à son développement lui font cruellement défaut, l’Afrique perd chaque année un grand nombre de ses travailleurs les plus qualifiés au profit des pays du Nord. Ce phénomène qualifié de fuite des cerveaux ou d’exode des compétences, englobe aussi bien les ingénieurs, médecins, économistes et autres professions dites « nobles », qu’un grand nombre de sportifs. L’Afrique perd en moyenne 20 000 professionnels par an, soit 200 000 au cours de la dernière décennie.

Pourquoi les intellectuels africains, dont le continent a un besoin croissant pour son développement, décident-ils d’aller monnayer leurs compétences dans d’autres pays ?

Les facteurs sont divers. En premier lieu, on peut mettre en évidence le manque de débouchés et d’infrastructures. Le matériel de travail auxquels ils étaient habitués dans les laboratoires des pays développés sont que très rarement à leur disposition dans leur pays d’origine.

La question des salaires est aussi très importante. En Occident, un ingénieur gagne en moyenne dix à vingt fois plus qu’en Afrique.

Le facteur social est aussi à prendre en compte. Le fait d’avoir étudier dans le pays pendant longtemps, conduit chacun à tisser de nouvelles relations amicales, professionnelles voire matrimoniales. Beaucoup de jeunes diplômés étrangers sont très bien intégrés en France et décident de rester définitivement dans le pays.

Par sentiment de patriotisme, Benjamin, Béninois et diplômé en informatique, est revenu dans son pays à la fin de ses études. Mais la désillusion l’a vite frappée : « Je suis revenu au Bénin après sept années passées en France. J’ai choisi de revenir au pays, espérant y apporter quelques choses. J’ai vite été recruté par une entreprise. Mais c’est cruel : un salaire misérable, pas de structures, pas vraiment de perspectives. Le rêve, celui que j’avais entretenu alors que j’étais étudiant, s’est effondré en revenant ici.».

Le tiers monde rappelle ses cerveaux

Différents pays, qui voient leurs « cerveaux » s’échapper, mettent en place des politiques d’ appel au retour de leur personnel fraîchement qualifié. Communément appelée « Reverse Brain Drain (RBD) », cette approche est appliquée par différents pays d’Asie et d’Europe de l’Est. Elle consiste à créer des incitations au retour à partir d’un programme de recrutement direct, de l’octroi de fonds de compensation ou de crédit permettant l’installation des migrants de retour à leur propre compte.

D’autres pays, comme la Colombie, ont opté pour le programme TOKTEN (transfert of knowledge through expatriate nationals ou transfert des connaissances par l’intermédiaire des nationaux expatriés). Il consiste à associer un réseau de chercheurs colombiens resté au pays avec des intellectuels colombiens expatriés. Il peut ainsi contribuer au renforcement des capacités nationales par ce transfert de connaissance. Le retour physique n’est donc pas indispensable au rappel des cerveaux.

La maîtrise par les migrants des méthodes de travail et des technologies développées dans les pays avancés peut effectivement représenter un atout pour les pays d’origine si le retour a lieu. Mais encore faut-il que ces compétences puissent s’exprimer.

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