REPORTAGE : Zemidjan à Cotonou, les moto-taxis de l’information

10 janvier 2011 § 3 Commentaires

 

Les messagers de Cotonou

A l’arrière d’une moto taxi, les cheveux dans le vent, la ville défile.Vêtu de jaune, un numéro d’immatriculation dans le dos, les zemidjans sont les chauffeurs de la population béninoise. Unique transport urbain, ils permettent, pour l’équivalent de quelques centimes d’euros, de se déplacer dans la ville en un temps record. Les tee-shirts jaunes envahissentles vons ( voies en terre ) de Cotonou, dans un vacarme de moteurs en ébullition et une épaisse fumée grisâtre au bout de l’échappement. Les zemidjans sont des retraités, des actifs comme des étudiants qui exercent cette profession pour arrondir les fins de mois et répondre à la forte demande des citadins.

Les zemidjans peuvent transporter des familles entières, des énormes sacs de marchandises, des bidons, des meubles, des barres de fer de plusieurs mettre de long et encore bien des choses suprenantes sur leurs fidèles motos quatre temps.

Souvent d’un naturel très sociable, votre conducteur, avec un peu de chance en français, entamera la discussion autour des dernières informations de la journée. Les cotonois -et tout particulièrement les zem’- s’intéressent beaucoup à la vie politique. Les paroles de ces chauffeurs – ou plus souvent chauffards – de taxi sont écoutées avec attention par la majorité des oreilles de la population. Du micro-crédit, à la gratuité de l’enseignement primaire et maternel, en passant par les routes et la césariennes, tous les sujets sont abordés durant le chemin.  

 LES POLITICIENS DE LA RUE 

« Un zem’ transporte plus de quarante personnes par jours. Il y a plus de 40 000 zems à Cotonou. Si on arrive à sensibiliser dix personnes par jour et que l’on multiplie ce nombre de personne au nombre de conducteur puis à celui du nombre de jour avant les élections ( qui ont lieu en avril 2011 ; ndlr ) , nous pouvons renverser la tendance et alors notre candidat passera au premier tour ! » fanfare Robert Yehouenou,

président du Mozebe ( Mouvement des Zems pour un Bénin Emergent ), lors d’une réunion. Si on résout cette équation, et que celle-ci représentait une valeur sûre quant aux nombre de personnes sensibilisées, alors nous approchons approximativement de 100 milions d’habitants. Le Bénin en compte sept.

 « LE POUMON DE LA POLITIQUE»

Des réunions comme celle-ci, il y en a souvent. Les Zemidjans constituent une communauté très présente et très influente dans les villes béninoises. Cette réunion,elle concerne l’élection présidentielle de 2011. Le Mozebe plaidoi en faveur du président en fonction : Monsieur Thomas Yayi Boni, et lui assure une campagne gratuite et efficace. Mais les appartenances politiques sont très variées. Pour s’en rendre compte, il suffit de se placer en face du camp militaire Guezo, à Cotonou, pour y trouver un regroupement de Zemidjans. Tous les matins, à partir dix heures, sont affichés les journaux sur un stand. Pour ceux qui ont des difficultés avec le français, des revues de presse sont diffusées ponctuellement en fon et en yoruba (langues locales les plus parlées au Bénin ). 

Quelques instants de pause entre deux courses, et les conducteurs de ces motos polluantes se retrouvent pour lire ou écouter les gros titres et débattre de l’actualité. Dans un brouhaha mélangeant la langue de Molière aux dialectes locaux, il est difficile de se faire une place. Ils ont tous une appartenance politique très prononçée et la majorité d’entre eux soutiennent le partie de Bio Tchané, l’Union fait la nation, en somme l’opposition.« Sans nous, la communication ne passe pas.», «Nous sommes le poumon de la politique».«Nous sommes très inquiet avec le pouvoir centrale, c’est pourquoi nous nous mobilisons d’autant plus.», assurent les zemidjans, toujours très contestataires et qui n’hésitent pas à faire entendre leurs voix.   

 

 

«ILS SE MELENT DE TOUT !» 

Un vole, une altercation, un crime, une arrestation musclée, les zem’s sont autant les oreilles que les voix de Cotonou. Il est midi, la chaleur mélangée à la poussière estinsoutenable.Plusieurs centaines de zemidjanssont rassemblés au grand carrefour d’Akpakpa. Des braqueurs ont pillées une boutique,un zemidjans a tenté de les interceptés, et a reçu trois balles dans la poitrine. Une foule est rassemblée autour du corps. Tout le monde s’agite, les enfants, les femmes, toutes la population fusent. D’autres sont partis à la poursuite des criminels. Ils seront abattus par les militaires quelques kilomètres plus loin et laissant des marres de sang un peu partout dans le quartier. Lorsqu’un évenement comme celui-ci se produit, bien avant les chaînes nationales d’information ou les stations de radio, une grande partie de la population est au courant des faits, en prenant simplement le taxi.

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