Quid des intérêts français en Tunisie ?

12 février 2011 § Poster un commentaire

Après la chute de Ben Ali, les intérêts économiques et militaires de la France sont menacés par un futur gouvernement, probablement moins docile que le précédent.

Février 2011, la révolution de Jasmin éclate. La France se contente d’appeler au « dialogue » alors que le bilan des morts s’alourdit de jour en jour. Contrairement aux autorités américaines qui soutiennent les manifestants et appellent à la transition démocratique, la France se tait. Un silence qui fait parler.

Pour Le Canard Enchaîné et Le Monde, l’absence de réaction officielle est la conséquence du « soutien sans faille des gouvernements italien, espagnole et français (…) au régime tunisien ». En effet, quelques semaines plus tard, Michelle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères, soutient devant l’Assemblée nationale que la France est prête à coopérer avec le gouvernement tunisien et à lui fournir son « savoir-faire » en matière de contrôle des émeutes.

Se souciait-elle des intérêts de la France, menacés par un nouveau régime en quête d’indépendance économique ? Ou souhaitait-elle simplement protéger sa villa de vacances de toute dégradation ? C’est en effet la deuxième polémique Franco-tunisienne qui éclate dans les journaux : Michelle Aliot-Marie et François Fillion serait chouchouter par des proches de Ben Ali.

La France aime la stabilité politique, qui est celle de son allié au pouvoir et protecteur de ses intérêts. Elle aime entretenir des liens étroits avec les anciennes colonies francophones, et protège, tant bien que mal, ses intérêts économique et militaire dans ces pays.

Un business florissant

Dans l’import-export, la France est le premier client, mais aussi le premier fournisseur de la Tunisie. Avec 1064 unités de production en 2005, la France détient 40% des entreprises du pays et emploie 80 000 personnes. De nombreux contrats sont signés chaque année, avec la bénédiction de Ben Ali. La révolution qui a renversée le pouvoir en place menace directement ces accords économiques.

De nombreux contrats ont été signé entre des entreprises françaises et tunisiennes dans le secteur hôtelier, automobile, aéronautique, commercial, textile, bancaire et télé-communicationnel. Des millions d’euros sont en jeu.

Au printemps 2009, la France et la Tunisie signaient un accord de coopération nucléaire. Il permet à la France la construction d’une centrale nucléaire en Tunisie d’ici 2020. Le nouveau gouvernement l’acceptera-t-il ?

La plateforme militaire de Bizerte

Lors de la colonisation, un important port militaire est aménagé à Bizerte, dont la France garde toujours le contrôle, même après l’indépendance tunisienne en 1956. Par sa géographie, la plateforme aérienne et navale de Bizerte procure à l’OTAN la défense de l’étroite péninsule au sud de l’Europe contre un ennemi venant de l’autre côté de la Méditerranée : le Moyen-Orient. De cet impératif, il découle la nécessité d’associer la Tunisie à la défense de l’Occident, par l’intermédiaire de la France. En cas d’hostilité envers l’Occident, les dispositions à prendre pour que cette défense soit efficace sont essentiellement fonction des relations franco-tunisiennes.

Bizerte est une position très stratégique dans la Méditerranée.

Une raison historique

Cette dépendance de la Tunisie à la France commence en 1869, lorsque la Tunisie, à cause d’une politique ruineuse, déclare la banqueroute. Une commission financière anglo-franco-italienne est crée. C’est le début des relations Franco-tunisiennes. La Tunisie devient vite un lieu stratégique par sa situation géographique : à la charnière des bassins occidental et oriental de la Méditerranée. La Tunisie est très convoitée par la France et l’Italie, qui tentent de profiter de la difficultés financières du pays pour y installer son emprise. En avril 1881, les troupes françaises y pénètrent sans résistance majeure et parviennent à occuper Tunis, en trois semaines et sans combattre. Le protectorat français est officialisé en mai. La France s’accorde le droit d’intervenir dans la politique étrangère, la défense et les affaires internes de la Tunisie. La France installe vite ses exploitations dont la Tunisie devient dépendante. La colonisation apporte néanmoins de gros progrès économique au pays : expansion des cultures de céréales et de la production d’huile d’olive, ainsi que l’exploitation des mines de phosphates et de fer.

Camille Courcy

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