Beyrouth : le retour du chaos

20 octobre 2012 § 4 Commentaires

C’est un jour tout à fait normal à Beyrouth. Les rues sont bruyantes, les chauffeurs klaxonnent, un brouhaha en harmonie avec les muezzin qui appellent à la prière du vendredi.

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Il est 15h00, et en quelques minutes tout Beyrouth est au courant qu’une explosion vient de survenir à Achrafieh, le quartier chrétien très animé, réputé pour ces pubs et ces soirées étudiantes.

Deux voitures piégées ont explosé près de la place Sassine. Le bilan est de 8 morts et 77 blessés. 

Au sein de la population, c’est l’incompréhension, la peur et la tristesse qui prédomine.

« L’attentat s’est déroulé dans un quartier chrétien, mais contre un général sunnite, qu’est ce que tu veux comprendre ?! » rétorque un jeune beyrouthin de 25 ans, une bière et une clop à la main, devant un des rare pub ouvert ce soir là.

En effet, en fin de journée on apprend que cet attentat visait quelqu’un en particulier : le chef des renseignements de forces de sécurité intérieure (FSI), le général Wissam al-Hassan. Cet homme est réputé pour être fermement opposé au régime syrien. Il a enquêté sur de nombreux attentats qui ont secoué le Liban depuis 2005 et dans lequel Damas a été pointé du doigt.

Cette nuit là, début de week-end, la ville est inhabituellement calme. Les rues sont vides. Certaines routes stratégiques sont bloquées. Tantôt par des chars de l’armée libanaise, tantôt par des hommes brûlant des pneus, tantôt par des milices armées.

Des jeunes beyrouthins, qui s’apprêtaient à sortir dans un bar, observent avec inquiétudes les mouvements de la rue, depuis le balcon de leur appartement. 

« Je ne crois pas qu’on va sortir, c’est trop dangereux » rétorque une jeune fille. « Dans deux ou trois jours, ça ira mieux, tout le monde aura oublié » répond son amie, en essayant de la rassurer. En bas, des hommes sont rassemblés par dizaine, par vingtaine et discutent. D’autres brûlent des poubelles et des pneus en plein de milieu de la route. L’armée est là, mais se contente d’observer la scène.

Un peu plus tard dans la nuit, les chauffeurs de taxi se passent le mot et échangent toutes leurs informations. Il faut éviter certaines routes, quitte à faire de grands détours.

A quelques centaines de mètres de l’ambassade française, une bande d’amis, qui reviennent de l’aéroport pour y déposer quelqu’un, s’engage dans une rue, en toute naïveté.

Un premier homme en scooter les interpellent, et leur demande ce qu’ils font ici. En progressant dans le rue sombre, les rares lampadaires dévoilent un tissu d’hommes armés, le visage cachés par des keffiehs. La route est complètement bloquée.

Un homme demande ses papiers au chauffeur du véhicule. Le jeune homme est chrétien, mais originaire d’un village chiite. Cette milice, elle, est sunnite : c’est le front el-Moustakbal. Les hommes posent beaucoup de questions. Ils fouillent le coffre. La tension monte. Après dix minutes de négociation mouvementée, un homme frappe violemment la voiture, et brise le phare arrière. Le jeune homme qui conduit la voiture n’hésite plus une seconde, démarre en trombe, évite les parpaings qui bloquent la route, et s’échappe avec ses passagers. Les hommes armés ouvrent le feu sur le véhicule, d’autres lancent des pavés. Les vitres de la voiture se brisent, les pneus éclatent, les passagers du véhicule s’allongent silencieusement et attendent que la course poursuite se termine.

Au bout de la rue, l’armée régulière libanaise est déployée.

Le chauffeur s’arrête près d’eux, sort du véhicule, et hurle en pleine de rue, faisant résonner sa peur et sa haine entre les immenses building. Il y a eu plus de peur de que mal. La voiture est criblée de balles, mais aucun des trois passagers n’est touché.

L’armée ne compte pas intervenir : « C’est trop dangereux d’aller à la confrontation, ils sont mieux équipés que nous !  », « vous feriez mieux de rentrer chez vous » finissent-t-ils par répondre aux passagers encore sous le choc.

« Pourquoi ont-ils réagit comme ça avec toi ? » demande une jeune fille au conducteur. « Il pense que je suis chiite parce que je viens d’un village chiite. Mais je suis chrétien ! Le général qui est mort aujourd’hui était sunnite. Maintenant, ils veulent se venger ! ».

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